ON EFFACE TOUT ET ON RECOMMENCE …
Ce premier texte explique bien à mon avis en filigrane notre démarche « professionnelle » oui je dis bien « professionnelle » à tout moment de cette transition nous nous sommes posés la question : comment aider ces enfants là ? Comment les aider autrement que dans un champ clos (que ce soit une pièce ou une école). Comment « vivre avec » dans la « vraie vie ». Il y a du désir là dedans ! Du désir de l’adulte face à ce sphinx qui vous regarde avec ses grands yeux bleus et vous de vous dire : POURQUOI ?
C’est bien à partir de ce pourquoi que nous nous sommes raccrochés aux branches de la psychanalyse, aux ramures d’expériences antérieures (pas forcément que Bonneuil ou Deligny), l’époque était riche en ces temps d’anti-psychiatrie …..
Oui avec d’autres nous avons posé en postulat que l’autisme (j’allais dire profond, car maintenant tout est autisme ! ) était un trouble relationnel de la mère et de l’enfant avant même sa naissance. Qu’il fallait rejouer et rejouer encore pour qu’il y ait RE-NAISSANCE. « On efface tout et on recommence… » Tel pourrait être le sous-titre pour un séjour de rupture. Au passage pour nous aussi personnellement ce sera une renaissance …
Nous avons eu petit à petit à nous situer dans le champ du social, voir dans le champ de la psychiatrie. Etre en marge d’accord mais où ?
Deux petites phrases pour situer la démarche de Claude Sigala et la notre. Il a eu une très jolie formule lorsqu’il annonçait : « Visiblement je vous aime ! » ; plus pragmatique nous répondions : « on n’est pas là pour les aimer mais pour les aider. » Nous étions bien dans l’ordre du soin alors que Sigala se situait dans une alternative amoureuse voir une alternative sociétale.
Deux petites anecdotes pour illustrer mon propos .Dans les années 80 nous participions dans un amphi de la fac de Montpellier à un colloque comme on dit sur l’autisme bien sûr. Sigala conférencier du moment avait requis l’hystérique de service qui ponctuait ses phrases en parcourant les allées en hurlant : « Ailleurs, ailleurs… ».
Il n’y avait pas d’autre alternative !
Toujours dans les années 80. FR3 Midi-Pyrénées est venu passer huit jours à la maison pour en tirer un film d’un quart d’heure sur notre expérience. Nous gardons bien évidement précieusement cet archive. Mais elle est aussi propriété de l’INA et voila t’y pas que sur mon mur Face-Book, l’INA ressort ce vieux souvenir.
Sourire nostalgique sur nos années autistes jusqu’à ce que je découvre les commentaires actuels.
154 commentaires ! Ça fait jaser !
Voila le premier : « L’autisme est un trouble neuro-développemental ! Il ne faut plus diffuser ces absurdités ! »
Tout est dit ! La psychanalyse aux orties, vive la science ! La vraie !
Fini le relationnel, le « parce que c’était lui, parce que c’était moi ».
L’amour, le transfert et le soin « de surcroît » ça se mesure. Si vous avez une petite amygdale (cette petite amande dans la partie frontale du lobe temporal) vous n’aurez aucune empathie pour l’Autre, une grosse vous jouera des tours. Un trouble ça évite d’être troublé ! Fini le pourquoi du comment d’une relation difficile de la mère à l’enfant.
C’est inscrit. Ça se soigne avec des médicaments (bientôt !).
D’autres commentaires évoqueront ces « absurdités » en expliquant que ces théories ne font que culpabiliser les mères.
Oh là mais où va-t-on, parler d’une relation mère-enfant difficile n’implique pas un jugement moral. Il y a juste à voir. Jamais nous n’avons porté de « jugement moral » sur qui que ce soit, et si ce fut le cas c’était de la compassion pour ce que vivaient ces parents.
Si tant bien même ces absurdités du « vivre avec » seraient justement absurdes elles auront permis au moins à des parents de souffler pendant trois semaines ! (le temps d’un séjour de rupture.)
Donc deux lieux différents l’un alternatif à l’institution psychiatrique, l’autre se présentant comme un outil possible de soins de l’institution. L’un proposant une vie hors les murs : un lieu de vie. L’autre proposant un accueil temporaire dans un schéma de soins préétabli : un lieu d’accueil. Donc deux lieux totalement différents. j’allais dire ; l’un ayant une démarche politique faire exploser l’institution en proposant une alternative, l’autre proposant une nouvelle technique de soins, hors les murs (ce qui n’était pas forcément révolutionnaire au vu de tentatives antérieures comme par exemple la grande cordée)
Lieu de vie, lieu d’accueil, la confrontation n’a pas lieu d’être, la démarche est différente. Ce qui les rapproche, et encore ! C’est la vie hors les murs, l’accompagnement dans la « vraie vie ».Il y a toujours quelque chose « à faire » dans ces lieux. Quelque chose de l’ordre du nécessaire, du quotidien. Pas une invention occupationnelle mais un « à faire » indispensable. (Soigner des bêtes ou retaper une maison etc … ) et ce dans un accompagnement accepté.
C’est quoi un « accompagnement accepté » ? Ce n’est pas : « Viens je vais te montrer ce qu’il faut faire ». Mais : « Puisque tu es à côté de moi, regarde et peut être viendras tu m’aider ». Oui je sais c’est long et voir un autiste sortir de sa bulle c’est étonnant mais croyez moi ça arrive. C’est donc l’enfant (autiste) qui va vers l’adulte et non l’inverse. On peux l’appliquer à d’autres .C’est le « je peux t’aider» de beaucoup d’autres et il n’y a qu’une lettre qui change d/m et tout est dit .
Pour terminer rapidement et de façon analytique (ce que je revendique haut et fort face aux attaques imbéciles) je reprendrais R.S.I. (Réel ; Symbolique ; Imaginaire) de Lacan. Un lieu de vie (alternatif) est forcément dans l’Imaginaire et y a de la jouissance…
(voir : « ailleurs, ailleurs …. »).
Un lieu d’accueil lui joue sur l’Imaginaire en tentant une percée vers le symbolique par l’entremise du nom du père ou de la Loi si tu veux. (la jouissance phallique c’est autre chose )
Patrick Ardon