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«Éducateur au quotidien en Lieu de Vie et d’Accueil»

qui ne serait que la fin annoncée d’un métier qui n’aura jamais vraiment existé :

«Permanent de lieu de vie et d’accueil»


Connaissant la qualité des Éditions érès pour éclairer les débats sur l’éducation « spécialisée » en particulier, nous1 avons lu avec intérêt mais sans enthousiasme le livre de Patrick Tesson «Éducateur au quotidien en Lieu de Vie et d’Accueil».

S’il s’agissait d’un livre de plus relatant l’expérience, la pratique individuelle, l’aventure d’un lieu, nous l’aurions accueilli comme tel et réservé nos critiques à notre cercle professionnel.

Mais de la bouche même de son auteur, dans l’interview qui accompagne sa campagne promotionnelle par mailing, il ne s’agit pas que de cela, mais bien de proposer «une expérience de vie reproductible à grande échelle» parce qu’ « il n’y a pas assez de candidats pour créer un lieu de vie et d’accueil», un «mode d’emploi pour travailler d’une autre façon au quotidien et pour méditer et élaborer votre projet d’accueil».

C’est un «mode d’emploi» à l’intention des éducateurs en place, des familles d’accueil, des éducateurs en formation mais aussi des conseillers départementaux et des responsables ASE pour reproduire le modèle des «Alizés».

Cela ne peut nous laisser indifférents.

Nous avons constaté la volonté, consciente ou pas, des Conseils Départementaux et de leur administration, de gommer au fil du temps les modes de fonctionnement particuliers et dérogatoires reconnus dans la loi par le III de l’article L.312-1 de la loi du 2 janvier 2002 : «les lieux de vie et d’accueil qui ne constituent pas des établissements et des services sociaux ou médico-sociaux au sens du I doivent faire application….» et par les articles D.316-1 à 4 du CASF.

Et nombre de Lva en activité ou en devenir en subissent les conséquences.

En épousant cette dérive de l’administration départementale dans le sens d’une standardisation institutionnelle, ce livre contribue à dénaturer les spécificités des Lva.

Une démarche plus opportuniste qu’opportune.

Nous ne nous lançons pas dans une critique systématique de la démarche des «Alizés» ou des fondements éducatifs mis en exergue par l’auteur.

Nous essayons de dégager en quoi le modèle proposé ne correspond pas à la réalité de la pratique de nombre de lieux de vie et d’accueil, de leur avenir.

Ce supposé «modèle» est en tous cas bien loin de leurs fondements.

C’est un «contre-modèle» de l’éthique que nous défendons.

Nous avons bataillé juridiquement depuis 1984 pour faire entendre au législateur (et nous avons été entendus) que la création et l’animation de cette structure particulière qu’est un lieu de vie et d’accueil ne repose pas sur un ou des diplômes, elle repose bien sur la volonté et la capacité des initiateurs à proposer un «accompagnement» particulier, à chaque fois unique et au plus près de la personne.


1

 

Ce livre, lui, dès son titre, prend tout de suite l’option «Éducateur...». Ainsi au moins le décor est planté, nous sommes bien dans l’éducation, voire dans la rééducation, « la construction d’une autre histoire ».

Pour nous, chacun n’a qu’une seule histoire, la sienne.

Nous accompagnons, chacun, sur son chemin de vie.

Au fil des quarante fiches, comme autant de recettes de «cuisine éducative», on peut découvrir des assertions étonnantes que nous aurions pensé oubliées, dépassées dans les principes d’éducation. En tout cas, nous ne pouvons les cautionner.

Par exemple : «partager le repas des jeunes contribue symboliquement à leur rendre plus naturelle et plus acceptable l’autorité : celle du chef de famille» ce qui est, certes, en cohérence avec «sa mission de substitut parental».

Cependant, même vis à vis de nos propres enfants, le concept de l’autorité naturelle du chef de famille a été largement discuté et même critiqué. En tous cas, on peut difficilement dire que ce concept soit un fondement de l’émergence des Lva dans le secteur social et médico-social.

Bien au contraire, c’est la recherche d’autres relations entre humains, entre accueillis et accueillants, différentes pour ne pas dire opposées à celles dites «familiales, patriarcales» ou «institutionnelles» qui nous ont toujours occupés et préoccupés.

Nous ne pouvons adhérer à des positions définitives comme ; « le lave-vaisselle, un outil pour s’éviter de bonnes occasions de relations éducatives».

Le lave-vaisselle libère du temps que accueillis et accueillants, ensemble ou séparément, peuvent mettre à profit. Penser que le lave-vaisselle nous priverait de «rencontres» c’est faire preuve de peu d’imagination sinon de dogmatisme.

Pour nous, le lieu de vie et d’accueil est centré sur les enjeux relationnels où il n’y a pas que la partie de «l’autre», l’accueilli, qui se joue, mais la nôtre aussi. Relations que nous ne qualifierons pas, à dessein, «d’éducatives» parce qu’une relation «éducative» induit une relation forcément verticale un «éduqué» et un «éducateur».

Si le Lva a une pertinence, une efficience c’est donc bien par la rencontre entre des personnes et nous ne présumons pas, a priori, par exemple, que l’une pourrait causer à l’autre un préjudice dont il faudrait se prémunir en organisant un système de caution sur argent de poche ce qui relève, pour le coup, plus d’une relation de «méfiance» que d’une relation «éducative » pourtant promue par l’auteur.

Au delà du pré-jugé à la base de cette mesure de précaution, quelle légitimité a un permanent de Lva pour retenir, a priori, de l’argent qui ne lui appartient pas ?

Faut-il rappeler que « l’argent de poche », comme la vêture, est une allocation due à chaque personne prise en charge par l’ASE.

Cet arrangement avec le droit n’est peut-être pas sans rapport avec «l’autorité naturelle du chef de famille»! ni sans lien avec l’affirmation, « l’accueilli un assisté de droit». Et alors ? Nos enfants le sont bien, des assistés de droit !

De plus, l’affirmation « l’argent se gagne, ne se donne pas » est pour le moins imprudente de la part de quelqu’un qui vient du monde des ONG !

Dans le concret de l’accueil, même pour la surveillance des douches, les «jeunes» sont l’objet de toutes les attentions, mais demeurent «objet» !

A aucun moment, le texte ne les suppose quelque peu « Sujet »; tout n’est «qu’outil» pour parfaire la technicité du diplôme des uns et pour atteindre l’état de «jeune majeur normalisé» pour les autres.

2

Le livre ne laisse aucune place aux émotions, à «ne pas savoir», qui nous construisent au moins autant, sinon plus, que les tables de multiplication. Le scénario de vie des « jeunes » est écrit au millimètre ; tous les moments de la vie sont optimisés pour atteindre les « buts » fixés par l’auteur du livre… à l’injonction de conformité sociale.

D’ailleurs l’illustration qui commente l’épreuve initiatique de kayak et qui agrémente le mail publicitaire développe à merveille cette philosophie !

« tu ne t’occupes pas de la direction mais c’est toi qui donne la cadence ».

Le postulat, qui a initié l’émergence du mouvement des LVA dans les années 70-80, est de penser que l’aide, le soutien, le soin que nous pouvions apporter à des personnes en souffrance ne pouvaient faire l’économie de la relation entre deux personnes, dans le sens où, non contents de partager le gîte et le couvert, les permanents accueillants acceptent d’accueillir la «folie» de l’autre, et acceptent que cette «folie» les change aussi quelque peu. Une reconnaissance pleine et entière de l’autre pour qui il est : une personne.

C’est ce qui implique la nécessité d’une supervision pour les accueillants, dans l’intention que l’autre restaure ses capacités relationnelles : c’est ce qui lui permettra de trouver une place, sa place, dans la société avec le moins de souffrance possible.

Dans cette visée, il n’y a pas de place pour une «relation éducative» même obligatoirement «bienveillante».

«La trame de vie doit remplacer la rééducation. Il s’agit de leur permettre de construire leur propre vie. Il s’agit de les accueillir en tant que tel, de leur faire place, de les laisser tracer leurs sillons.» (F. Deligny)

Sur un autre registre, dans son interview, Patrick Tesson définit le Lieu de Vie et d’Accueil ainsi :

«Une grande maison, une personne morale, le plus souvent une association, un projet éducatif, une équipe éducative...» Cette définition plus que restrictive, nous ne pouvons y souscrire, elle ignore les fondements de la création d’un Lva ; les initiateurs et leur désir, des personnes de chairs et d’os et de psychisme !

L’organisation de la structure d’ailleurs, depuis les « Permanents Responsables » qui font figure de chef d’établissement, les salariés de l’équipe éducative, le planning et les fiches de poste… jusqu’à la gestion de la famille d’accueil relais, ressemble à s’y méprendre à l’organisation d’un établissement…

Les « Alizés » s’obligent même à produire budget prévisionnel avant le 30 octobre de chaque année alors que même le «décret dit de tarification» ne le prévoit pas…

Il n’y a pas de doute : pour nous, que ce soit sur le fond comme sur la forme, les « Alizés » relèvent plus de l’établissement que du Lva, c’est bien davantage une MECS, familiale et patriarcale, certes, mais une MECS… (Maison d’Enfants à Caractère Social).

Faste Sud Aveyron ne souhaite pas du tout que ce modèle soit reproductible au titre des Lieux de Vie et d’Accueil.

Faste Sud-Aveyron ne souhaite pas, non plus, que des services ASE opposent ce « modèle » à des Lva déjà en fonctionnement ou en devenir.

Pour finir, nous nous étonnons de l’apologie qui est faite ici de l’association loi 1901 et de son dévoiement de fait.

3

C’est à tort que M. Tesson indique dans son interview et dans l’annexe «cadre légal des LDVA» que le lieu est rattaché à une « personne morale » (association, société, travailleur indépendant…)

Monsieur Tesson fait ici une confusion grave, contrairement à ce qu’il affirme un travailleur indépendant ne relève pas de la catégorie « personne morale » il ne peut être qu’une « personne physique». Cette confusion dans les statuts est lourde de sens.

Nous nous étonnons qu’une maison d’éditions aussi sérieuse qu’ érès ait laissé passer une bourde pareille.

 

Il est vrai que peu de Lva ont choisi le statut de « travailleur indépendant ». Pourtant, à Faste Sud-Aveyron, par conviction, certains l'ont fait depuis au moins quarante ans !

Pour un tas de raisons, les Lva ont choisi majoritairement de confier la gestion de leur activité à une association loi 1901.

Ils ont cru et certains le pensent toujours, que le côté « non lucratif» de l’association serait garant de l’honnêteté financière et de la qualité professionnelle...

Rarement dans les faits, l’association est véritablement à l’initiative de la création d’un lieu et rarement encore elle y exerce un véritable pouvoir.

Ce choix est le plus souvent fait par défaut, par manque de pensée juridique, quelques fois par abus de pouvoir de départements ou de la P.J.J...

Avec une association où le porteur de projet est à la fois le salarié de sa propre association et le «permanent responsable» qui décide de tout. Avec une association dont le président sera responsable (même financièrement) de ce qu’il n’aura pas véritablement ordonné, nous avons affaire à une nouvelle définition de l’association :

«l’association bidonnée, revendiquée»!!!

Une formule associative qui n'est pas dépourvue de perversion.





















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1

Faste Sud Aveyron, association créée en 1984, alors que le département de l’Aveyron agréa le premier lieu d’accueil en 1980. Faste a participé activement à partir de 1996 aux réflexions menées sous l’égide de la DGAS quant à la reconnaissance des LVA par la loi du 2 janvier 2002 et à l’écriture des décrets dits de « fonctionnement et d’organisation