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Maison

LIEU D'ACCUEIL DE BROX :

 Alain SOUCHAY et Emilie GROSS
Brox - 12360 Brusque
Tél : 05 65 49 57 60
E-mail :  lieudaccueil.brox@orange.fr

- AUTORISATION DE FONCTIONNEMENT : Arrêté du conseil général de l'Aveyron n° A15S0050 du 13 mars 2015. Le Lieu d'Accueil est agréé depuis février 1981.

- PRIX DE JOURNÉE: 215€ T.T.C en 2016. Les frais scolaires ne sont pas inclus.

- CAPACITÉ D'ACCUEIL : 3 personnes.

- TYPES D'ACCUEIL : Adolescents à partir de 16 ans jusqu'à 21 ans, personnes réputées "incasables" ou en difficultés multiples.

- PROTOCOLE D'ACCUEIL : Au vu des difficultés des personnes, nous commençons toujours par un court séjour de 3 jours, séjour dit de "contact". Puis nous proposons un séjour dit "d'observation" de 5 à 10 jours. Ensuite nous faisons un bilan et proposons soit des séjours beaucoup plus longs, soit des séjours séquentiels dont la durée est à convenir.

- PARTICULARITÉS : Le lieu d'accueil a d'abord accueilli des jeunes et des adultes psychotiques pendant 10 ans. Puis pendant 2 ans des mères avec leur(s) enfant(s). Depuis 20 ans l'orientation du lieu est de répondre à des problématiques complexes qui rendent la personne concernée "incasable" dans les délimitations institutionnelles classiques. Le travail entrepris suppose la cohérence concrète entre le lieu d'accueil et la personne référente dans l'accueil. L'accueil d'une personne suppose de sa part un "déplacement" et non son "placement". Il requiert donc son accord ou son assentiment.

Présentation :

 

 

 

            Ce texte fait suite à la demande du Conseil Départemental de l'Aveyron concernant la tarification des Lieux d'Accueil aveyronnais.

            Cette tarification implique de justifier de la qualité de notre travail et plus particulièrement « de modes d'organisation particuliers » ou de « supports spécifiques » en référence au décret n° 2013-11 du 4 janvier 2013, relatif à la tarification des lieux de vie et d'accueil.

 

            Cet écrit s'applique donc à décrire nos spécificités.

 

            Déjà en 1989, puis en réédition en 1993, Alain Souchay avait écrit à compte d'auteur le texte  d'une soixantaine de pages : « Caractéristiques d'un lieu d'accueil ». Il s'agissait alors de dégager les caractéristiques communes à l'ensemble des lieux de notre association, FASTE SUD Aveyron.

            Dans le texte présent, il s'agit au contraire de marquer l'accent sur ce qui est propre au Lieu d'Accueil de Brox, lié à la nature des questions qui nous sont posées par les personnes accueillies.

           

 

 

 

 

A Brox, le 14 décembre 2015.

Les permanents du Lieu d'Accueil de Brox

A. SOUCHAY                                   E. GROSS

 

 

 

 

 

 

            Nous n'aborderons pas ici la question des spécificités de notre lieu d'accueil dans l'abstrait.

            En effet, il s'agit avant tout d'accueils de personnes en difficultés et d'enjeux particuliers à chaque personne accueillie. Il n'y aura donc de spécificités, de « modes de fonctionnement particuliers » et de « supports spécifiques » qu'en fonction de ces personnes accueillies.

 

 

            Nous présentons d'abord ci-dessous un résumé simplifié de ces spécificités. Ce résumé sera ensuite développé.

 

1.      Spécificités des demandes d'admissions et des problématiques sous-jacentes

 

2.      Nature des difficultés rencontrées ; établissement d'un diagnostic de situation ; enjeux de l'accueil

 

3.      Spécificités du cadre d'accueil (« mode d'organisation particulier »)

 

4.      Les « apports spécifiques » ; nature subjective de ces apports :

- accepter de ne « rien faire » dans un premier temps de l'accueil,

- supporter ce qui est insupportable ailleurs,

- donner de la sécurité dans la vie quotidienne,

- mettre en place l'observation, l'écoute attentive et retransmettre à l'écrit ces moments-là,

- patienter, c'est à dire entrer dans la temporalité active de l'accueil et indiquer les changements perceptibles,

- prendre des risques calculés,

 favoriser les entretiens.

 

1.     Spécificités des demandes d'admissions et des problématiques sous-jacentes

 

            La plupart des demandes qui nous sont faites le sont par des services d'Aide Sociale à l'Enfance de toute la France.

            Ces services nous demandent ce que nous pouvons « faire » avec des personnes en situation délicate et présentant des difficultés multiples.

            Nous appelons ces services des « services demandeurs », car ils ne nous font pas de demande précise, mais au contraire nous adressent une demande « globale » de prise en charge, sans préciser ce qui est demandé, ne le sachant pas eux-même au moment de la demande.

            En effet, aucun de ces services n'a pu poser un diagnostic clair et précis quant aux problématiques rencontrées. Les renseignements qui sont donnés sont le plus souvent des rapports sur la situation sociale concrète de la personne en difficulté.

            Il ne s'agit donc pas de « diagnostic » au sens de poser clairement les termes et la cohérence  des difficultés rencontrées mais seulement de la description  d'un état général de la situation sociale de cette personne.

 

 

            Ces situations sont confirmées par la surprise et le malaise des services et des professionnels concernés face aux situations des personnes qui nous sont adressées.

            Un article récent, « Les adolescents mettent les MECS sous pression » (ASH n°2917 du 03/07/15, pages 30 à 33) exprime la réalité de ces situations, impossibles à supporter dans les institutions classiques, limitées par l'étiquetage univoque de ces personnes en difficultés.

 

            Il nous faut donc constater que, s'il y a une « demande » des services ou des personnes en souffrance (des « colis en souffrance » ?!), cette demande est loin d'être claire et omet, le plus souvent, la problématique psychique des personnes concernées.

 

            Ces registres du « psychique » sont certes « devinés » ou « pressentis », mais ils ne sont  pas perçus ni élaborés par des mots, encore moins des écrits ou des propositions claires.

 

            Nous abordons là les enjeux du visible et de l'invisible dans notre activité. Il nous semble que la tarification proposée bute précisément là-dessus, ce qui est pourtant essentiel dans nos accueils.

 

            Le lieu d'accueil de Brox  propose d'accueillir de telles situations délicates .

 

 

2.      Nature des difficultés rencontrées ; établissement d'un diagnostic de situation ; enjeux de l'accueil

 

            Reconnaissant la situation de « vague » et d'absence de clarté des demandes qui nous sont adressées, notre travail commence dès le premier échange avec le service demandeur et se poursuit dès l'arrivée des personnes accueillies.

 

            Aidés dans notre expérience antérieure d'accueil de personnes psychotiques et autistes pendant dix ans (1981-1991), nous proposons dans un premier temps un diagnostic de la situation intérieure et personnelle de la personne accueillie.

            Il ne s'agit pas là d'un diagnostic médical.

 

            Le plus souvent les personnes accueillies présentent une dysharmonie évolutive, terme apparemment compliqué, mais qui insiste sur les incohérences parfois graves entre les différents registres de la personnalité chez ces personnes.

 

            De plus ces personnes ne sont plus socialisées, n'ayant plus l'étayage d'une scolarité, ni d'activités qui puissent permettre des repères sociaux.

            Ainsi sur les 300 personnes reçues au lieu d'accueil sur 35 ans, seulement trois ont eu un brevet professionnel (esthéticienne, coiffeuse, serveur). Elles n'ont pas non plus d'activités sportives ou autres et sont plutôt « apathiques »  quant à une activité quelle qu'elle soit.


            Enfin l'écart est souvent important entre ce que ces personnes disent vouloir (souvent pour donner le change...) et ce qu'elles peuvent réellement supporter de la socialisation classique.

            Parfois même il s'agit de situations pré-psychotiques se manifestant dans l'isolement et l'incapacité à vivre dans le monde normal.

            Cela apparaît dans des défauts d'hygiène, des désordres dans la vie quotidienne, des couchers et levers tardifs, la prise fréquente de « shitt » en dehors de notre  regard... et surtout l'incapacité même de savoir quoi faire de sa vie.

            Cela est fréquemment couplé avec une vie familiale difficile et douloureuse.

 

            Établir ce diagnostic demande de recevoir la personne sur un laps de temps suffisamment long pour que ces problèmes apparaissent ou surgissent et puissent ainsi se « présenter » aux permanents.

            Ce sont eux qui vont alors en faire une « représentation » qui touche souvent et durablement  à des questions archaïques, non repérées au cours de précédents « placements ».

            (Telle cette jeune fille énurétique à plus de 16 ans : sa situation avait certes été repérée, mais du fait de l'ancienneté de sa problématique et de son enracinement psychique et somatique, son traitement n'avait pas pu avoir lieu)

 

            Cela demande de l'attention vigilante, donc de la disponibilité en temps de la part des permanents. Ce temps est « plus ou moins long », plusieurs mois le plus souvent ; mais il est nécessaire, faute de quoi la personne est astreinte à entrer dans le jeu social trop rapidement sans en avoir les moyens ou l'aide nécessaire : dans ce cas c'est un nouvel échec à coup sûr...

            Ce travail dans le temps est mis en place avec l'accord préalable du service demandeur.

 

            Cette question du « temps passé » à la compréhension de la complexité des difficultés rencontrées implique de la patience, ce qui est tout autre chose que du « laisser faire ». Pour l'exemple cité plus haut, il a fallu comprendre que la résistance au changement de la jeune fille se plaçait autour de l'intrusion... sous quelque forme qu'elle soit, y compris par la parole qui lui est adressée de façon trop vive !

           

            Nous attirons l'attention sur le fait que, le plus souvent, les problématiques internes des personnes accueillies ne sont pas vraiment reconnues au départ du travail d'accueil. Il n'y a pas eu « d'étiquetage préalable », ce à quoi se heurtent les services demandeurs dans leurs demandes de placement, n'ayant pas eu les moyens ou le temps pour approcher ces enjeux.

 

            Non seulement ces problématiques sont complexes mais elles sont aussi « douloureuses » à vivre, sous la forme de l'angoisse, de la colère, du mutisme, ce qui menace aussi les permanents dans leurs propre registres psychiques...

             Les permanents doivent distinguer à cet endroit-là les différents registres de la vie psychique des personnes considérées et ne pas céder au « pathos » des manifestations cliniques.

            De ce  point de vue notre travail consonne bien avec celui des services de psychiatrie.

 

            S'il le fallait les « notes de situation » qui sont adressées régulièrement aux référents des services « demandeurs », attestent de ce travail.

 

            Une autre spécificité de notre accueil se situe donc dans l'établissement d'un diagnostic de situation, qui devient ainsi plus claire avec notre travail et le temps que nous prenons pour cela.

 

 

3.     Spécificités du cadre d'accueil (« mode d'organisation particulier »)

 

            Ce cadre de travail particulier a été créé originellement par P. et M.F. Ardon, dès 1977 pour l'accueil de personnes psychotiques. Il a été amélioré et amplifié par notre lieu d'accueil, dans le cadre de l'association FASTE Sud Aveyron, depuis 1984. Nous appelons ce cadre un « protocole ».

 

            Ce protocole comprend :

3.1- un entretien téléphonique préalable, en présence de la personne concernée et de son référent.

 

3.2- l'organisation dans un cadre conventionnel d'un séjour bref de trois nuits au lieu d'accueil, comprenant trois entretiens, quelle que soit leur qualité.

La personne accueillie est accompagnée par un référent ; le retour « en famille » est effectué de manière autonome.

Il est nommé une personne référente dans le service demandeur.

Ce séjour évite tout placement incertain et coûteux et permet rapidement de trancher sur les enjeux relationnels.

 

3.3- s'il y a entente sur la possibilité de rester au lieu d'accueil, un autre séjour plus long (6-8 jours) advient  afin de préciser les conditions d'un éventuel accueil au « long cours ».

Il s'avère par expérience que ce second séjour « démystifie » très vite les « demandes initiales », car les problématiques de fond des personnes accueillies apparaissent vite.

En ce sens, l'expérience du Lieu d'Accueil montre que les demandes initiales ne sont jamais  sûres.

 

3.4- Un séjour de longue durée advient ensuite avec des conventions à durées limitées afin de ne pas s'inscrire dans un temps « indéfini », cet indéfini étant contraire au dynamisme psychique. Cette limitation des conventions dans le temps, implique au contraire le sens de la temporalité et interroge toutes les parties prenantes sur la pertinence de la poursuite du travail.

 

3.5-  Les permanents écrivent une note de situation tous les trois mois en général et vont faire un bilan tous les trois ou quatre mois devant le service « demandeur » et son référent.

 

3.6- Le Lieu d'Accueil de Brox a volontairement limité sa capacité d'accueil a trois personnes. En effet, un nombre supérieur de personnes accueillies, c'est un fait d'expérience, n'est pas possible à cause des dynamiques qui se manifestent alors entre elles, rendant la vie dans le lieu inadéquate aux buts de l'accueil. De plus, ces accueils deviennent vite exténuants, sans profit et improductifs.

 

3.7- Les permanents du lieu d'accueil de Brox sont tous formés comme éducateurs spécialisés avec une expérience professionnelle préalable en institutions diverses.

            Ils connaissent donc les limites institutionnelles par expérience.

 

3.8- Nous avons choisi de travailler avec un nombre de professionnels supérieur à celui fixé par le décret de 2004 (qui est de 1 accueillant pour 3 accueillis) afin de maintenir la qualité de notre travail et d'éviter l'épuisement professionnel.

 

3.9- Un travail sur nos « points de butée » est effectué chaque mois lors de supervisions avec un psychologue clinicien.

 

 

4.     Les « apports spécifiques » ; nature subjective de ces apports :

 

            Comme nous l'avons décrit ci-dessus, il est nécessaire de trouver pour chaque personne accueillie un mode et rythme de vie particuliers, puisqu'aucune de ces personnes n'a le même profil psychique.

            Il nous faut justement découvrir cette « réalité psychique » de chaque personne accueillie. Cette découverte est une spécificité de notre lieu d'accueil. (Voir plus haut : « diagnostic »)

 

            Le Conseil Départemental de l'Aveyron a tenté de préciser les « supports » d'accompagnement propres aux lieux d'accueil. Si cet effort de clarification mérite d'être souligné, toutefois, l'hypothèse commune à tous ces critères est que ces « supports » se trouveraient en dehors des permanents, comme s'il s'agissait d'objets visibles ou aisément définissables.

           

            Or, ce n'est pas le cas dans notre travail. C'est là le point de désaccord majeur d'avec le dispositif de tarification actuel, donc de la présentation faite par les services du Conseil Départemental.

 

            Or le terme de « support » n'a  été défini nulle part.

            Pour nous, nous appellerons « support » un « apport personnel », subjectif, dans la relation d'accompagnement. Il faut remarquer également que même lorsqu'un support extérieur est utilisé par les permanents, cela nécessite une relation dont le support est un signe et un moyen mais pas la réalité de l'enjeu relationnel. Un jeu de carte placé sur une table est un support, certes, mais n'indique en rien ce qui va se passer entre les personnes ; de même un  cheval ou de la pâtisserie. Le jeu de carte ne coûte pas grand chose ; mais jouer aux cartes est une autre paire de … manches.

           

            Il s'agit de moyens qui tiennent à nos subjectivités et notre implication et non à des objets ou des dispositifs extérieurs.

            En effet, au vu des problématiques des personnes  accueillies, nous sommes confrontés à une demande de présence, de patience, d'écoute, de réassurance, de sécurité. Cette demande, d'abord implicite, est plus proche d'une relation parent-enfant « classique » (ou parfois « soignant-soigné ») mais elle se déroule, en même temps, avec des adolescents réels et sans hospitalisation, dans la vie quotidienne elle-même.

 

            Il s'agit-là d'une discordance délicate entre l'apparence de l'adolescent et une demande plutôt « enfantine » pour ne pas dire « infantile ». C'est cela la « dysharmonie évolutive ».

            Il n'est pas facile de supporter ces discordances à qui n'est pas averti et formé.

            C'est à cet endroit majeur de notre activité que nous pouvons parler de « permanence active », une vigilance qui n'est pas du tout la permanence requise par une « permanence » au sens social du terme.

 

            Les « supports spécifiques » de notre lieu d'accueil sont essentiellement :

- l'acceptation de ne « rien faire » dans un premier temps de nos accueils : nous ne sommes pas dans le « faire ». Nous ne savons pas, à priori, ce que nous allons faire avec telle ou telle personne accueillie. Nous acceptons de tenir le temps nécessaire aux personnes pour qu'un désir, une idée, un projet puisse émerger. Et cela à son rythme.

- supporter ce qui est insupportable ailleurs ; donner de la « sécurité paisible » dans la vie quotidienne : nous acceptons les « décalages horaires » de certaines personnes accueillies (sommeil, repas, retards...) ; mais surtout leur propre rythme de développement. C'est également supporter leurs « échecs », être avec eux, les accompagner dans ces moments difficiles de remise en cause... sans jugement, sans pression « d'objectif à atteindre », de « résultat »...

- l'observation, l'écoute attentive et la retranscription écrite de ces moments-là : nous favorisons les temps d'échanges professionnels et les écrits afin d'analyser chaque détail « le plus insignifiant » qui soit mais qui nous permet de mieux appréhender ce qui se joue pour la personne accueillie.

            Ces temps de réflexions nous permettent aussi une prise de recul indispensable à la poursuite d'un travail de qualité.

- la patience, c'est à dire entrer dans la temporalité active de l'accueil et indiquer les changements perceptibles : prendre le temps d'observer le petit décalage dans le fonctionnement de la personne accueillie, tenter de comprendre ce qui se joue là pour elle. S'arrêter sur les « détails » qui n'en sont pas: un changement de port de la casquette, par exemple !...

- la prise  de risques calculés : c'est un point primordial de notre travail c'est pourquoi nous le détaillerons plus longuement au paragraphe suivant.

- l'entretien dans ses différentes significations : nous accordons une attention particulière à ces temps d'échanges avec les personnes accueillies. Elles sont entendues, parfois pour la première fois leur semble-t-il. Ces temps d'élaborations psychiques sont une des spécificités de notre lieu d'accueil.

Mais plus encore s'entretenir, c'est aussi le fait de se tenir ensemble dans l'accompagnement et de cultiver le « jardin de chacun », ce qui est rarement le cas dans les situations institutionnelles classiques d'aujourd'hui.

 

Résumons-nous :

            Les « supports spécifiques » sont  à trouver dans les « qualités » personnelles et subjectives des permanents bien plus que dans des « supports » ou  « activités » objectives et observables, qui seraient distinguées artificiellement d'un accueil dit « de base ».

 

            C'est là notre point de désaccord profond avec la vison gestionnaire de la tarification ; cette vision voudrait faire croire que la patience ou l'écoute devraient être objectivables pour être considérées !

           

 

            Cette vision comptable annulerait  de fait  les enjeux du « travail psychique » puisque celui-ci ne serait pas visible ?

            La question de fond posée par cette vision gestionnaire est : « Est-ce que la relation humaine  et les changements mentaux, psychiques, sont observables objectivement » ? ou seulement « subjectivement » ?

            C'est à cet endroit que les lieux de vie et d'accueil ont été perçus comme des hôteliers par une éminente « financière », Madame Lagarde, justifiant par là-même l'établissement d'une TVA comme « aubergistes », TVA appliquée aux lieux de vie et d'accueil … … !

           

            Pourtant, contrairement à ce que l'on pourrait croire en apparence, il est relativement facile de reconnaître ce travail subjectif  et relationnel  entre les permanents et les personnes accueillies.

            Les rapports, bilans et notes de situation en attestent de façon évidente, ainsi que la validation de ce travail par les services demandeurs lors des renouvellements fréquents des conventions, notamment les référents nommés dans le cadre de l'accueil.

            Ce sont ces « référents » qui nous semblent le plus à même de porter témoignage sur ces « supports particuliers » et surtout sur leurs effets.

           

 

La prise de risque calculée

           

            Les supports sociaux habituels étant mis en échecs ou même ignorés des personnes accueillies, nous, permanents, sommes « contraints » à en trouver ou en créer selon d'autres manières.

            C'est seulement lorsque le diagnostic de situation a pu être posé que des propositions sont faites  aux personnes accueillies.

 

            Cela prend des tournures différentes, spécifiques, selon chaque personne : pour tel il s'agit d'éditer un CD de poèmes et de musique avec un professionnel ; pour tel autre ce sera des allers-et-venues dans plusieurs villes proches pour sortir d'un monde familial clos ; pour une autre encore, un voyage ou un retour en famille accompagné ; etc. ...

 

            Il ne s'agit donc pas ici d'un support précis et établi à l'avance, mais de l'organisation d'un dispositif temporaire et de réinsertion qui ne passe pas, dans un premier temps, par une socialisation classique, par le travail ou la scolarité. Il y a donc là une inventivité propre au lieu d'accueil.

            Nous ne voyons pas comment inscrire cela dans le budget qui nous est imposé actuellement par le décret de tarification.

 

            Quand il est parlé de prises de risque « calculées », il s'agit bien de prise de risques, puisque la rapidité de mise en place et les expériences en dehors du lieu d'accueil se font dans des délais sans aucun rapport avec ceux des dispositifs institutionnels classiques et dans des formes incompatibles avec les rigidités institutionnelles (comme des séjours improvisés de mineurs, dans un hôtel, par exemple, séjours négociés avec les  hôteliers... sous notre responsabilité !)

 

            C'est cette particularité de notre travail qui nous a poussé à devenir travailleurs indépendants, sans quoi les risques pris sont toujours différés ou refusés sous prétextes des « responsabilités » institutionnelles.

 

            Dans notre lieu d'accueil les permanents sont directement responsables de leurs décisions.
C'est pourquoi ces décisions sont en général mûrement réfléchies, c'est à dire « calculées ».

 

 

 

            Telles sont les spécificités du lieu d'accueil de Brox. C'est ainsi que nous les vivons et les pensons.

            C'est également ainsi qu'elles semblent être reconnues par les services demandeurs avec lesquels nous travaillons et enfin mais surtout par les personnes que nous accueillons.

 

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